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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 16:09

La révolution numérique est à l’origine d’une véritable métamorphose de notre société. Tous es jours, chacun d’entre nous vit à l’heure du numérique: pour se déplacer, on va regarder le plan du métro ou d’un quartier sur une application smartphone, on va se connecter à ses amis ou ses followers sur les réseaux sociaux et partager avec eux des photos, des textes, des vidéos, l’entreprise, la ville, la maison sont devenus des espaces numériques. Ces bouleversements ont été depuis plusieurs années décrits, commentés, analysés, dans des articles de presse ou des ouvrages dédiés. Il y a pourtant un secteur dans lequel le numérique est moins déchiffré, celui de la santé.

 

 

Le passage au e Patient :

 

La première mutation majeure provient d’un changement de comportement des patients qui sont devenus des e Patients. De 30% à 60% des français (Baromètre Orange, février 2011) ont recherché de l’information santé sur le web. Leur profil est représentatif de la population nationale et la santé est leur 7ème raison de fréquenter le Web (Ipsos Public Affairs, 2010). 8ç% des individus cherchant de l’information santé sur le web sont responsables des achats de médicaments pour leur foyer (GFK, Juin 2010), et un quart environ souffrent d’une maladie chronique. Parmi les informations recherchées, 65% sont des informations concernant une maladie ou ses symptômes,  42% des précisions sur un médicament ou un traitement médical, et 42% des conseils pour rester en bonne santé. Le e Patient cherche aussi un dialogue plus approfondi avec son médecin : 17% des internautes recherchant de l’information santé veulent être capables de poser des questions précises à leur médecin avant d’aller le voir. On constate aussi un changement de comportement depuis deux ans : en 2010, les internautes recherchant des informations santé sur le Web le faisaient à des moments sans aucun lien avec la consultation. En janvier 2012 (Viavoice pour Pasteur Mutuelle), 50% le font après avoir consulté un professionnel de santé, 40% avant de le consulter. Les conséquences sur les consultations ne sont pas neutres. 25% des individus affirment ne pas avoir consulté un professionnel de santé parce que l’information trouvée sur Internet leur était suffisante, révélant donc un phénomène croissant d’autodiagnostic via le Web. Mais cela va plus loin. 14% des internautes (Baromètre Orange Terrafemina vague 5, 2011) affirment aller chercher des informations médicales sur internet pour savoir quels médicaments et traitements peuvent être utiles sans devoir aller voir un médecin, signifiant donc leur aptitude à l’automédication. Enfin, les réseaux sociaux, sur lesquels les internautes partagent de plus en plus d’informations, de photos ou de vidéos, sont aussi devenus des lieux d’échanges sur les questions de santé. Selon une étude de GfK (2010), quatre qualités sont reconnues aux réseaux sociaux par les internautes en quête d’information santé : ces réseaux sont anonymes et facile d’accès ; ils constituent un supplément d’information, celle-ci en étant à la fois utile, complète, efficace et adaptée ; ils ont de plus une fonction d’accompagnement et crée un lien plus régulier que la seule visite ponctuelle chez un médecin ; l’information sur les réseaux sociaux est considérée comme actualisée, fiable et provenant de sources auxquelles on peut faire confiance.

 

Qu’en disent les sociologues ?

Dans un rapport remis au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET), à la demande du ministère de la santé, et intitulé « Les conditions de création de valeur des logiciels sociaux en santé et autonomie », les sociologues Gérard Dubey et Sylvie Craipeau analysent la valeur potentielle des réseaux sociaux dans le secteur de la santé.

Dans le rapport, l’enjeu est dès le début majeur : « Il est "crucial de s’intéresser aux modalités de développement de ces pratiques ainsi qu’à leurs conséquences afin notamment de se poser la question de l’opportunité d’une modération et/ou d’une régulation de ces activités par la puissance publique, les professionnels, les intéressés".

Les deux sociologues auteurs du rapport soulignent les informations anxiogènes et les propos parfois violents circulant sur Internet sur la santé, sans aucune modération. Ils mettent en avant deux types de savoirs sur la santé : les savoirs « experts », généralement médical, fournissant des informations scientifiques sur les maladies et leurs traitements. Ce savoir se propage de plus en plus sur Internet, ce qui modifie le rôle du médecin, seul auparavant à détenir ce savoir. Parallèlement au savoir « expert » se construit un «savoir profane, pratique, complémentaire du savoir expert des médecins", sur les forums, les réseaux sociaux, les communautés d’associations de patients. Ce savoir est constitué d’expériences vécues de patients atteints de maladie, et les internautes s’échangent alors des bonnes pratiques, des conseils, trouvent un accompagnement sur la durée, parfois traitent de sujets plus intimes.

Ce rapport défend la nécessité de faire converger les savoirs experts des médecins avec les savoirs profanes des patients, dans un système régulé.

 

En conclusion, ces évolutions vers le Patient 2.0 peuvent éclairer de nombreux marchés, organisations ou entreprises. On constate dans bien des cas une croissance du contenu d’internautes (les fameux « user generated content »), ces savoirs qu’on pourrait aussi qualifier de profanes, qui cohabitent avec des savoirs institutionnels, parfois plus techniques, des entreprises. Un rapprochement de ces savoirs seraient peut être la solution, certaines organisations l’ont déjà bien compris.  La révolution numérique touche la santé au même titre que les autres pans de notre vie personnelle et professionnelle. Les internautes sont de plus en plus prompts à s'autodiagnostiquer et à s'automédicamenter par l'intermédiaire du web, où savoirs experts et profanes se mêlent.


 Cette tribune a été publiée  dans 01Net informatique: 

http://pro.01net.com/editorial/568453/patient-2-0-un-changement-profond-de-la-relation-medecin-patient-impactant-le-secteur-de-la-sante/ 

 

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Published by christine balague - dans Réseaux sociaux
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