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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 13:06

eG8

 

 Le eG8, auquel j'ai été invitée, a été source de débats contradictoires dans la presse et les medias, un grand succès pour les uns, un coup de com privé pour les autres. le sujet n'est pas sans intérêt et mérite quelques réflexions.

Les points positifs: tout d'abord, la remarquable organisation logistique sans faille de Publicis (on reconnaît là son professionnalisme). Ce n'était pas évident car avec tous les tweeters présents dans la salle, le moindre problème aurait été diffusé à la terre entière! Des télévisions partout sous une grande tente dans le jardin des Tuileries, des petits détails agréables (toilettes en bois, excellent buffet) ont permis de créer une atmosphère détendue et professionnelle autour du sujet qui nous intéressait tous, le fameux "e" de eG8 dont Eric besson n'a pas su trouver l'origine...

Le eG8 a également réuni un très beau parterre de speakers, d'Eric Schmidt (Google), Hiroshi Mikitani (Rakuten), R. Murdoch ou encore Mark Zuckerberg (Facebook). Mais les meilleurs furent bien sûr les professeurs d'Université, tels Lawrence Lessig, prof à Harvard, ou le journaliste Jeff Jarvis,  qui ont un peu élevé le débat. 

La contribution majeure du eG8 est plus symbolique: il est clair que le eG8 démontre une sensibilisation enfin des politiques au niveau international aux questions de l'Internet, et que c'est un grand pas qui va peut être faire évoluer nos politiques locaux sur ces sujets (en France une dizaine de parlementaires seulement sont compétents et motivés sur le numérique!).

 Enfin, les rencontres entre les participants et le networking développé pendant le eG8 furent pour beaucoup à la fois très agréable et très constructif. Enfin un grand évènement international réunissant les acteurs qui veulent faire avancer le numérique tout en ayant une réflexion sur la société vers laquelle nous amène ces technologies. Ce fut intéressant de croiser nos homologues dans les pays étrangers et de constater que les problématiques sont les mêmes, y compris avec les Etats-Unis pourtant souvent cité très en avance sur le numérique.

Les points négatifs du eG8 : il est évident que le eG8 était un évènement grandement sponsorisé par des grandes entreprises de l’Internet et des opérateurs, et organisé par une société privée, Publicis, avec l’implication personnelle très forte de son président Maurice Lévy. Associer le G8 à une manifestation très business, gérée par de grands groupes privés reste paradoxal et ambigu. J’aurais apprécié ne pas voir que des milliardaires de l’Internet sur la scène, mais aussi la société civile, les représentants de petites start ups, d’incubateurs, de pôles de compétitivité, de grandes écoles/d’universités, de philosophes des TIC, de tout l’écosystème innovant autour du numérique. Le plus grand manque se situe du côté de la recherche. Alors que Google est le fruit d’algorithmes inventés par deux chercheurs, peu de représentants du monde de la recherche était présents. Un peu de prospective dérangeante sur le monde du futur aurait mis un peu de piquant aux débats. En effet, les tables rondes n’ont pas appris grand-chose aux participants, on s’attendait à des discours plus décalés d’Eric Schmidt ou de Marc Zuckerberg, mais ce fut assez décevant. Rien de bien innovant !  En revanche, les tables rondes sur la liberté d’expression, la pétition lancée par la quadrature du Net et Jeff Jarvis, abordaient enfin les sujets de fonds, comme la gouvernance d’Internet, le choix entre un Internet libre et un Internet régulé.

L’Europe fut également peu présente au sein du eG8, qui avait une vision plutôt américaine du sujet (Lawrence Lessig, prof à Harvard,  a même été déçu et a trouvé ce eG8 très « american minded » ;  il s’attendait à voir un peu plus d’acteurs de la France et de l’Europe). Très étonnant car la France est un tout petit marché pour les sociétés du numérique, et que l’Europe pourrait être innovante en terme de régulation de l’Internet et assurer un contre pouvoir aux Etats-Unis sur ces sujets, voire être encore plus innovante et créative, étant donnés ses nombreux talents. Dommage cette faible présence de l’Europe ! 

Pour conclure, le eG8 a finalement permis de bien réaffirmer que l’Internet révolutionne nos sociétés et le comportement des individus, qu’il est créateur d’emplois et source de PIB. L’étude de Mc Kinsey a encore appuyé cet argument qui semble désormais intégré par nos dirigeants politiques. Le numérique est un secteur important qu’il faut traiter au même titre que l’industrie ou l’énergie.

Sur les questions de fonds, le eG8 a simplement permis d’initier les débats : sur la liberté d’expression, la régulation, la gouvernance, la protection de la vie privée, l’impact dans les révolutions, sur le choix de société dans laquelle nous souhaitons vivre, et celle que nous voulons construire pour nos enfants. Sur ces sujets, le eG8 a permis de constater la diversité des points de vue, les clivages forts, des choix de société très différents, et par conséquent la nécessité d’ouvrir ces débats à la société civile et à tous, car l’Internet est l’affaire de tous.

Ça ne fait que commencer !!

 

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Published by christine balague - dans Renaissance Numérique
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